Trois méthodes d’aquatinte

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Cet article est une simple approche de quelques techniques d’aquatinte, il ne se veut pas exhaustif, il est là pour nos stagiaires et visiteurs pour comprendre de quelle manière on va obtenir des aplats de couleurs, des dégradés ou des effets de lavis sur une gravure.
Aux Ateliers Migrateurs, vous le savez, nous aimons la mixité des techniques et aussi détourner ce qui “doit se faire” pour justement voir comment bien faire ce qui se fait mal…

aux Ateliers Migrateurs nous utilisons trois techniques d’aquatinte…

Rappel pour ceux qui ne connaissent pas:

Série Hiroshima, vue d’artiste

Qu’est-ce que l’aquatinte ? Si on souhaite obtenir une surface de gris ou de noir (ou de couleur bien sûr), sur une gravure en taille douce, on a besoin que l’encre puisse s’y s’accrocher, rendre une mer sombre et le ciel clair par exemple.
Un trait c’est simple, l’encre se loge dans le trait gravé sur la plaque, on essuie et l’encre reste accrochée dans le trait. Si on a un trait large ou une grande surface creusée, l’encre ne reste pas sagement là où on voudrait, à l’essuyage on enlève tout ce qu’il y a à l’intérieur. Parce que c’est lisse. Et c’est un problème.
On appelle ce résultat un “crevé”, l’encre ne s’est accrochée que sur le pourtour. Un crevé peut être très beau mais ce n’est pas ce que l’on cherche.
Il faut donc que la surface soit rugueuse pour accrocher l’encre, c’est là qu’intervient l’aquatinte.

De la poussière fine… Le principe : déposer une fine couche de poussière sur les zones à traiter. Cette poussière c’est de la colophane en poudre (de la résine de pin) ou du bitume de Judée. On cuit cette poudre fine pour qu’elle devienne solide et on plonge la plaque dans l’acide. L’acide va creuser le métal autour des poussières pour créer cette surface rugueuse dont on a besoin pour que l’encre puisse s’y s’accrocher. Pour faire simple, plus on laisse la plaque dans l’acide plus on obtiendra des tons sombres. Une, deux, trois, cinq, dix, vingt minutes donneront des valeurs de gris ou des matières différentes.

On peut faire plusieurs morsures successives pour obtenir des nuances ou des dégradés, des effets de lavis ou des aplats profonds.

astuce

Dans la boîte à grain, il vaut mieux poser la plaque à grainer sur un carton d’un format un peu plus grand que la plaque. On obtient une couche de colophane régulière jusque sur les bords. Si ce carton a une forme irrégulière, ou que la plaque n’est pas sur un carton mais directement sur une grille, alors les mouvements de la poussière dans la boîte seront légèrement perturbés par l’effet d’attirance des matériaux, créant des nuances ou un léger dégradé. Ceci relève du hasard, à vous de tester…

Trame d’une image imprimée

Moderne où archaïque ?

Est-ce une méthode traditionnelle si archaïque que ça ? Certes, non. Si vous prenez une loupe et que vous regardez un photo dans votre journal ou sur un livre vous verrez qu’elle est constituée d’une myriade de petits points plus ou moins serrés pour constituer les niveaux de gris, on parle alors de trame, de même en numérique les pixels sont aussi des petits points qui créent les niveaux de luminosité de l’image. Luminosité égale plus ou moins sombre, plus ou moins sombre égale plus ou moins d’encre !

Voir notre prochain stage burin et aquatinte

26 et 27 novembre 2022 à Gentilly

commençons par trois méthodes

Évidement en gravure, il n’y a pas une méthode, mais mille, mais on va s’arrêter à trois plus quelques bonus. Et puis soyons un peu responsable.s, quand vous lisez une page sur Internet vous consommez de l’électricité et participez au réchauffement climatique, nous ne voudrions pas alourdir notre bilan carbone à tous ! Bon d’accord c’est un peu fallacieux comme excuse, il y aurait de longues pages à écrire autour de l’aquatinte, on pourrait parler de Goya et de milles choses, vous trouverez des livres très bien faits ou plein d’infos et d’astuces sur le Forum Aquatinte.

essais de trame d'aquatinte
essais d’aquatinte – source wikipedia

1 – l’armoire à grain

Boîte à grain
source : Wikipedia contributeur Popolon

En vrais on dit une boîte à grain, mais j’aime bien parler d’armoire parce que c’est un véritable meuble dans un atelier, par sa taille, sa matière, sa porte fermée qui cache ce qu’elle contient.
Dans une maison on met la poussière autour des meubles, en gravure on met la poussière dans l’armoire. Au moins on sait où elle est rangée, c’est plus pratique pour le ménage.

Le principe : une grande boite de deux mètres de haut, bien profonde et une petite grille au milieu pour poser votre plaque. Au fond de l’armoire, la poussière, autrement dit le grain (la colophane), cette poudre est très fine et pas très bonne à respirer c’est aussi pour ça qu’on l’enferme dans un contenant plutôt étanche. On ferme la porte et la magie s’opère… Un mécanisme manuel ou électrique fait voler la poussière dans l’armoire créant un très fin nuage en suspension dans l’air. On attend un peu et on pose la plaque dans la boîte. Le grain va s’y déposer doucement mais sûrement.

Cuisson et eau-forte

On va ensuite faire chauffer la plaque avec une flamme pour faire un peu fondre la poussière de résine. Elle va ainsi s’accrocher au métal. Il ne reste plus qu’a plonger la plaque dans l’eau forte. Au résultat, une fois la plaque mordue dans l’acide et nettoyée de la résine on a obtenu une surface légèrement granuleuse, criblée de mini morsures plus ou moins profondes, pour créer des gris ou des aplats de noir.

Notez qu’une armoire à grain est très pratique dans une chambre pour la simple raison que les monstres n’aiment pas la poussière et ne s’y cachent pas dedans pour faire peur aux enfants la nuit. On devrait, tous avoir une armoire à grain dans nos maisons.

Où trouver une boîte à grain ?

Les boîtes à grain ne courent pas les rues, mais on peut en trouver d’occasion ou s’en fabriquer une, vous trouverez des plans et des conseils sur Internet ou sur le forum Aquatinte. Attention – il faut vraiment qu’elle soit étanche. Michel Cornu d’Art-Papier, notre fournisseur de papier Hahnemüle peut vous fabriquer aux petits soins une boîte à grain selon vos besoin. Des revendeurs comme Joop Stoop en proposent aussi.

Dans notre atelier nous n’utilisons pas pour l’instant de boîte à grain, principalement pour une question de place. Nous préférons une méthode plus traditionnelle :

2 – le pot de confiture

aquatinte résine de colophane en pot avecun bas

Il s’agit de notre méthode favorite. Une méthode qui remonte à la nuit des temps des graveurs, la nuit où l’on entendait encore le vent et les pas d’un cheval et non les Diesels des camions.

Le principe : un pot en verre contenant la colophane obturé par plusieurs couches de bas de nylon. Il s’agit là aussi de créer un nuage de poussière qui tombe sur votre plaque. Petits tapotements au cul du pot, petites secousses, chacun a sa façon de faire, son geste.
Nous aimons beaucoup cette méthode. Bien manuelle, elle laisse un peu plus de place au hasard et aux irrégularités. On peut ainsi doser la couche de résine à l’œil, créer des zones plus ou moins denses.
On n’y arrive pas forcement du premier coup, il faut s’entraîner un peu, mais le résultat est plus personnalisé.

La suite des opérations est la même, cuisson et Perchlo (eau-forte).

astuce

Ne pas hésiter à multiplier les couches de bas pour obtenir une très fine chute de poussière.

Une amie, très grande graveuse, à semble-t-il essayé, ou inventé, la technique de l’oreiller : Un oreiller rempli de colophane et secoué au dessus de la plaque ! effectivement cela doit donner un très fin nuage de poussière. A tester en extérieur et sans vent  !

3 – la bombe bleue

aquatinte à la bombe

Une bombe ? Décriée par les puristes, cette méthode de poser une aquatinte a aussi ses atouts et peut se révéler une bonne alternative et simple d’utilisation.

Le principe : on utilise une bombe de peinture acrylique pour poser un voile de fines gouttelettes bleues. Pourquoi du bleu ? Simplement, par contraste, ce bleu céruléum est bien visible sur les plaques de cuivre ou de zinc. Mais vous pouvez utiliser n’importe quelle couleur. Les micro gouttelettes vont remplacer la résine de colophane. Ici pas de cuisson, une fois sèche (et c’est rapide) la plaque est prête à plonger dans l’acide.

C’est un coup de main à prendre, la plaque est posée à la verticale sur un fond de papier journal, on se met met à une trentaine centimètres et en démarrant en dehors de la plaque, on pulvérise en gestes réguliers de façon à obtenir un voile uniforme. Je suis d’accord, c’est plus facile à écrire qu’a faire.

L’avantage de cette technique c’est qu’elle se met en œuvre très rapidement, on peut aussi facilement gérer la densité du grain, faire des masques ou des tâches non dénuées d’intérêt… Ici, les “erreurs”, grosses gouttes, surcharge, manques, sont intéressantes à travailler pour obtenir des effets de matières.
Il faut utiliser de préférence des bombes de qualité graphiques, comme celles de Liquitex®.

astuce

Utilisez un journal ou un papier propre pour installer votre plaque. Ainsi lorsque vous commencerez à pulvériser vous pourrez bien voir si vous êtes à la bonne distance et si votre pulvérisation est bien fine et régulière avant de continuer votre geste vers la plaque. Pensez à purger votre bombe à la fin.

pour finir…

Les aplats de couleurs, les grisés, les dégradés ne s’obtiennent pas uniquement par l’aquatinte, d’autres techniques de taille douce nous permettent ces effets comme la manière noire pour des couleurs profondes, le papier de verre pour des effets ou des grisés, le bicarbonate de soude posé avec le vernis, la pointe sèche en petites hachures, la roulette etc…
Mais on a dit au début qu’on s’arrêtait à trois techniques dans cet article.