Aux Ateliers Migrateurs, nous sommes toujours à la recherche des moyens d’expression variés de nos idées. Côté technique, tout en étant rigoureux, nous aimons les détournements, le hasard, les découvertes et les recherches transversales. Nous pratiquons également la photo, le dessin, le collage…
Cet article n’est pas exhaustif, nous vous proposons une approche de quelques méthodes courantes employées pour réaliser une photogravure, ainsi qu’un historique de la technique. Crée pour nos stagiaires et pour vous, visiteurs de notre site, nous espérons que cet article vous sera utile.
- la photogravure – le principe
- l'intérêt de la photogravure
- la photogravure en pratique
- aux Ateliers Migrateurs nous expérimentons trois techniques de photogravure
- un peu d'histoire
- les pionniers de la photogravure :
- la photogravure plait aux photographes
- quelques artistes travaillant la photogravure ou l'héliogravure
- Pour les curieux – quelques liens vers …
Pour ceux qui ne connaissent pas :
la photogravure – le principe
L’héliogravure, technique appelée aussi photogravure ou gravure héliographique, est un procédé de reproduction photomécanique.
Pour bien comprendre le procédé on peut se pencher sur le terme même « héliogravure » qui renvoie à la lumière, au soleil plus précisément et au creux, au sillon gravé. Le préfixe « hélio- », vient du grec ancien : helios = soleil. Le suffixe « -gravure », est issu de l’allemand : graben = creuser.
On en conclue que c’est la lumière qui creuse la matière, un processus photochimique entre en jeu et grave la plaque métallique.
En France on emploie plutôt le terme héliogravure, cette même technique avec toutes ses déclinaisons sera nommée «photogravure» aux États Unis par exemple.
Note : Puisque le surfixe « photo-» concerne la lumière, contrairement à ce que l’on pense souvent, notre technique ne s’arrête pas à la reproduction d’une photo.
C’est la diversité des pistes qui nous intéresse dans la photogravure : rendu photographique, travail de création à partir d’une photo, travail d’après dessin, typographie, gaufrage…
l’intérêt de la photogravure
L’avantage pour un artiste graveur ? Il hésitera sans doute entre être fidèle à l’image ou plutôt jouer à l’encrage pour aboutir à une véritable réinterprétation de l’image initiale.. L’intérêt pour un artiste photographe ? Avoir un très beau tirage sur un papier de gravure, peut-être, ou alors le plaisir de se salir les mains ? Sans aucun doute. Mais surtout participer activement au rendu final, grâce à l’encrage et au tirage de sa plaque, que l’on peut ainsi personnaliser.

la photogravure en pratique

Nous allons employer le terme de photo- ou héliogravure, sans distinction. Grâce à la technique d’héliogravure, on peut reproduire un dessin, une gravure ou une photo. Après insolation on obtient une plaque gravée, que l’on encre et on tire, comme une plaque de gravure en aqautinte. Voir notre article sur cette technique.
Mais n’allons pas trop vite ! Voyons d’abord le processus de photogravure à travers toutes ses étapes…
le vocabulaire
- le contretype – impression sur du rhodoïd de la photo ou l’image dessinée à reproduire, l’image est en positif et doit être tirée à l’endroit1
- la gélatine – produit photosensible posé sur la plaque ou sur le film polymère
- plaque polymère – une plaque d’acier couverte de gélatine, prête à l’emploi
- film DK3 – un film photosensible à laminer (coller) sur une plaque de cuivre – 50 µ, remplacé par le film Sylight
- film Puretch – un film photosensible très fin à laminer (coller) sur une plaque de cuivre – 25 µ
- trame aquatinte – une trame très fine imprimée sur un rhodoïd, sans elle pas d’image, sauf si on passe celle-ci en bitmap
- bitmap – une image en format BMP est transformée en une série de points blancs ou noirs qui forment une trame
- insoleuse – conçues au départ pour fabriquer des circuits imprimées, les insoleuses dont se servent les artistes sont des machines munies des néons ou de LED à rayons ultraviolets (365nm). Elles sont dotées d’une pompe qui fabrique le sous-vide pour une parfaite adhérence du contretype à la plaque.
- dépouillement – après l’insolation on doit faire partir le produit non insolé, on lave la plaque à l’eau, on peut y rajouter de la soude suivant la technique.
la photogravure – le processus
Pour obtenir une photogravure, nous insolons une plaque photosensible à travers un contretype imprimé ou dessiné. L’insolation se fait sous vide, à l’aide d’une insoleuse à rayons ultraviolets (365 nm). Les endroits transparents du contretype laissent passer les ultraviolets, la gélatine y durcit, les noirs ne sont pas touchés par les rayons et la gélatine reste molle – elle partira au lavage (dépouillement). La durée d’exposition doit être très précise, elle détermine la bonne fixation de la gélatine. La plupart de temps cette insolation est précédée par une insolation de la trame aquatinte, afin d’obtenir les niveaux de gris (sauf si l’image est en bitmap ou si on travaille sur les plaques dites « typo »).
On obtient ainsi une plaque de gravure en creux à encrer et tirer comme telle.
les étapes pour réaliser une photogravure
- Choix de l’image : choix d’une photographie ou réalisation d’un dessin préparatoire. Si on part d’une photo, l’image doit être contrastée et retranscrite en teintes de gris et noir.
- Le contretype positif : on imprime la photographie choisie sur un rhodoïd // On dessine à l’aide des feutres ou à encre inactinique, sur un rhodoïd également.
- Choix et préparation de la plaque (Solar Plate, Tboyo , DK3 (pour ceux qui en ont en réserve) Skylight ou Puretch). Voir plus bas « quelle technique choisir ?«
- Insolation : la « trame aquatinte » donnera un grain d’aquatinte plus ou moins fin aux gris/noirs. La plaque est d’abord insolée avec la trame, ensuite avec le contretype, à l’aide des rayons UV, dans une insoleuse. Une aspiration crée un vide permettant de maintenir la trame puis le film plaqués et immobiles sur la plaque. Sans la trame rien ne va, l’effet de «crevé» est parfaitement inintéressant, l’image n’est plus visible. On peut égalemnt trabvailler avec des vitres épaisses, pour une meilleurs adhérence (éviter celles avec un filtre UV).
- Le développement : on plonge la plaque dans un bac rempli d’eau. La gélatine qui n’a pas durci (aux endroits non insolés, correspondant aux noirs) part dans le bain, on peut aider doucement le dépouillement avec une éponge ou un pinceau. La gélatine insolée reste, elle durcit au séchage et durant l’étape de la post-insolation.
- Les bains : dans les plaques polymères le relief est obtenu par simple insolation à travers la trame. Le film DK3 ou Skylight n’ont pas besoin de bain d’acide non plus, le matériau est assez épais, un relief se crée permettant un bon encrage. En revanche nous plongerons dans l’acide (perchlorure de fer.) une plaque recouverte de Puretch. Ce film plus fin, insolé, se creuse rapidement et permet de mettre à nu le cuivre. Les parties dégagées où le métal est nu, vont être mordues (donnant les zones noires ou grises), tandis que les zones à gélatine durcie seront protégées. C’est l’équivalent des zones couvertes de vernis dans la technique de l’aquatinte. On peut même compléter avec une résine d’aquatinte . Dans les deux derniers cas, on encre donc une plaque de cuivre
- Le tirage : nous avons entre nos mains une plaque de gravure, on procède au tirage sur une presse taille-douce en encrant cette plaque comme s’il s’agissait d’un cuivre gravé à l’aquatinte. On choisit les couleurs que l’on veut. Si on veut retravailler une plaque au départ on choisit la technique de Puretch, et on la continue par une intervention directe ou pose d’une nouvelle héliogravure. La plaque polymère ou Solar plate et DK3 sans passage à l’acide, ne se laissent pas retravailler !
quelle technique choisir ?
plaque polymère, solar plate, film Puretch, DK3, Skylight, direct to plate, feutre inactinique…
selon l’effet voulu…
La plaque polymère Solar plate (ou autre type de plaque comme Toyobo) reproduit les tons de gris les plus nuancés. La gamme des tons d’un film photopolymère est plus réduite, en revanche son contraste est excellent.
selon le temps dont on dispose…
Solarplates ou Toyobo sont des plaques polymères prêtes à l’emploi. On insole, on développe à l’eau. Pas de passage dans l’acide. Cette technique très fidèle, elle est aussi assez rapide (tout est relatif, c’est quand-même un procédé à plusieurs étapes).
Puretch, DK3, Skylight (ou d’autres films photopolymères) doivent être laminés sur une plaque en cuivre pour le Puretch, en rhénalon ou plexiglas pour les autres films sans morsure, ce qui suppose des étapes supplémentaires (dégraissage et laminage). Cette étape demande un certain doigté et beaucoup de rigueur.
Deux procédés pour le film :
Le DK3 ou équivalent est insolé et «mordu» aux UV. Le film recouvrant la plaque devient texturé dans son épaisseur, les aspérités accrocheront l’encre. Pas de passage dans l’acide. Rendu plus contrasté qu’avec une plaque.
Le film Puretch, lui, est encore plus fin – après insolation et développement, le cuivre apparait dans les creux, le film restant servira de vernis (masque protecteur), pour faire mordre la plaque dans l’acide. Avant le tirage on dissout le film pour l’enlever.
variante – l’héliogravure au grain :
Procédé ancien: on réalise un film positif en tons continus, à partir d’un négatif. On insole avec la lumière ultraviolette une pellicule de gélatine sensibilisée au bichromate de potassium (il existe maintenant une alternative avec une molécule moins nocive), la gélatine est couchée sur une plaque de cuivre préalablement grainée (grenée) à l’aide de résine ou de bitume de Judée (le rendu de ce dernier est plus fin). La gélatine traitée par les ultraviolets durcit en proportion de la quantité de lumière reçue, la gélatine non exposée est dissoute lors du lavage.Développée, la plaque laisse apparaître une image en négatif (plus la couche de gélatine est fine, plus le ton sera sombre et inversement). La morsure du cuivre se fait au perchlorure de fer, par bains successifs, à différentes dilutions d’acide. Pour mieux saisir le processus, nous vous invitons à visiter le site de l‘Atelier Heliopse
aux Ateliers Migrateurs nous expérimentons trois techniques de photogravure
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La technique de la plaque polymère :
Nous l’aimons à cause de la facilité d’emploi du matériau. Hormis la préparation des contretypes, dont les courbes dépendent de l’image, tout le processus est assez simple et nous obtenons rapidement le résultat escompté. Le bémol ? On ne peut pas retravailler sa plaque en gravure, sauf à la gouge.
Note : en creusant le film polymère à la gouge, on a un rendu de linogravure, peut-être un peu trop éloigné de l’esprit de la photogravure.

Le film Skylight, DK3 ou équivalents :
Une technique intéressante, au rendu plus dynamique, plus contrasté. Il est plaisant de travailler sur du cuivre ou du plexiglas avec un film qui passe du bleu turquoise au bleu outremer une fois insolé. Une contrainte – sa pose (le laminage à l’eau) prend du temps et demande de la rigueur.

Le film Puretch :
C’est la méthode la plus longue des trois. Le film est plus fin, transparent. Lors de l’insolation les UV passent à travers et, au dépouillement, on arrive au cuivre nu. En plus du laminage du film, cette technique comporte une étape supplémentaire : la morsure dans l’acide et dans certains cas la pose d’une aquatinte traditionnelle.
astuce
Avec les films épais comme le Skylight, les plaques de cuivre sont réutilisables. En cas d’erreur, il est possible de dissoudre le film posé.

un peu d’histoire
La photogravure est née au 19e siècle. En 1824 Nicéphore et Claude Niépce souhaitent reproduire des gravures déjà imprimées (lire l’encadré). Pour ce faire ils utilisent la lumière solaire. Ils tâtonnent un peu, comme il se doit pour tout inventeur et emploient de différentes substances photosensibles, par exemple le bitume de Judée. Le temps de pose est de plusieurs heures, mais les images finissent par apparaître. Néanmoins du fait d’un temps si long, les ombres se déplacent et entraînent du flou. Les deux frères cherchent donc à améliorer le procédé.
La popularité de la photogravure est liée au fait que l’on puisse y reproduire de manière très fidèle aussi bien une photographie qu’un dessin ou une gravure. La technique conquiert très vite l’édition et les journaux où elle remplace la gravure sur bois. On l’utilise jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais, à son tour, l’offset s’y substitue.
les pionniers de la photogravure :
La photogravure (l’héliogravure) a plusieurs pères, selon que l’on parle du procédé en creux ou en relief.
Joseph Nicéphore Niépce
Nièpce st souvent cité comme le premier car dès les années 1820, il travaille sur la «physautotypie» puis l’héliographie, en gravant chimiquement des plaques métalliques à partir d’images formées par la lumière. Il crée la première image photographique permanente (1826-1827), il est aussi l’auteur des premières tentatives de reproduction photomécanique.
William Henry Fox Talbot
Fox Talbot fait breveter en 1852 un procédé de photogravure utilisant une trame et du bichromate de potassium – c’est l’ancêtre direct de la trame d’aquatinte.
Karl Klic
(Karl Klíč, tchèque). Klic est considéré comme le père de l’héliogravure rotative industrielle – en 1879 il met au point le procédé en creux avec report sur cylindre de cuivre, qui permettra l’impression en grande série pour les journaux et les livres illustrés à partir des années 1890.
Les premiers journaux illustrés en héliogravure rotative datent des années 1890-1900 en Autriche et en Allemagne et c’est Klic qui rend le procédé industriellement viable pour la presse et l’édition.

Le procédé de Niépce : Le tirage d’une gravure originale est verni et rendu translucide, il devient ainsi la matrice permettant la reproduction comme un négatif photo permet des tirages.
On vernit la gravure seulement du côté verso, de manière à la rendre bien transparente. Quand elle est parfaitement sèche, on l’applique du côté recto, sur la planche vernie, à l’aide d’un verre […]
Note sur l’héliographie du 24 novembre 1829, Nicéphore Niépce
(…) Lorsque mon oncle Nicéphore Niépce commença en 1813 les laborieuses recherches qui devaient aboutir à l’invention de la photographie, l’idée qui le préoccupa tout d’abord et dont il poursuivit la réalisation jusqu’au succès, fut de reproduire sur une plaque de métal, pour la transformer ensuite en planche gravée, l’image de la chambre noire.
Abel Niépce de Saint-Victor, Traité de gravure héliographique sur acier et sur verre, Paris, Masson, 1856

Successivement H. Fizeau, A. Niépce de Saint-Victor et Charles Nègre travaillent à améliorer la technique. Dans les années 1840, Fox-Talbot puis Klic, mettent au point une technique qui permet de transférer une image photographique sur une plaque de cuivre pour la graver telle une aquatinte et l’imprimer en taille-douce. Abel Niépce de Saint-Victor, en remplaçant le bitume par la technique « au collodion », raccourcit le temps de pose de plusieurs heures à une douzaine de minutes, parfois une heure ou deux, suivant le type de négatif. Abel dépose son brevet en 1856.

Des améliorations sont apportées au fur et à mesure surtout en ce qui concerne la rapidité d’exécution et la précision du rendu.
Ainsi, à partir des années 1870 l’héliogravure remplace la gravure sur bois partout dans l’édition.
Les photographies peuvent désormais être imprimées, c’est une vraie révolution.
la photogravure plait aux photographes
On s’intéresse à la photogravure pour l’aspect unique des tirages, pour le plaisir de coucher une image sur un très beau papier de gravure, pour la profondeur des noirs, mais aussi pour la réinterprétation de l’image à travers l’encrage et les possibilités infinies qui s’ouvrent.
La photogravure fait entrer l’image dans une autre dimension. Déjà à travers le choix de l’image, quelle photographie « méritera » de devenir une gravure ? Quels défis pose chaque image ? Comment une photographie se propose d’elle même à des recadrages et au choix du format qui lui donneraient toute sa valeur dans l’espace de la feuille. Car en gravvure, on ne tire pas bord à bord mais on joue sur le blanc autour. Au contraire même, le photograveur signera son travail par une marge autour de sa plaque bien visible dans la «cuvette» laissée par le passage sous presse, pour laisser la lumière circuler. Et quand la couleur rentre en jeu, une autre aventure commence. Au départ, la plaque est neutre et se prête à toutes les interprétations. Sans parler de «mauvais essuyages», lorsque volontairement on laisse des traces de la tarlatane sur la plaque…
quelques artistes travaillant la photogravure ou l’héliogravure
Man Ray
Kiki Smith
puis en particulier : Kiki Smith au musée cantonal des beaux arts
Emma Nishimura
Robert Mapplethorpe
Viviane Michel
Tracy Templeton
Chantal Elisabeth Ariëns
Dominique Martigne
Daniela Roman
Fanny Boucher
Sylvain Doerler
Jeanne Smith
Laurent Dequick
Daniel Nassoy






Ludovic Napoléon Lepic – L’incendie du moulin, série Vue des bords de l’Escaut, 1870–76














Pour les curieux – quelques liens vers …
Les ateliers qui pratiquent la photogravure et l’héliogravure
Atelier Heliopse, dans le Sud et quelques images, nombreuses explications techniques
Helio’g (atelier Fanny Boucher)
Troteclaser.com – à propos de la trame …
Labo estampe, atelier de gravure et de photogravure, Bayonne
Capefearpress
forums, tutoriels
forum aquatinte
Héliogravures Atelier Heliopse
Puretch Photopolymer for Photo Etching & PCB Demo #1
et d’autres tutos du site CAPFEARPRESS
100 idées d’artiste sur Printerest et ailleurs…
Musées
Domaine de Kerguéhennec – Pierre Tal Coat, estampes
Centre de la gravure la Louvière, Belgique