La photogravure – photographie ou gravure ?

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Aux Ateliers Migrateurs, nous sommes toujours à la recherche des moyens d’expression les plus variés de nos idées. Côté technique, nous aimons les détournements et les découvertes et la recherche autour des techniques, nous pratiquons également la photo, le dessin, le collage…
Cet article n’est pas exhaustif, nous vous proposons une approche de quelques méthodes courantes employées pour réaliser un monotype, ainsi qu’un historique de la technique. Crée pour nos stagiaires et pour vous, visiteurs de notre site, nous espérons que cet article vous sera utile.

Pour ceux qui ne connaissent pas :

la photogravure – le principe

L’héliogravure, technique appelée aussi photogravure ou gravure héliographique, est un procédé de reproduction photomécanique.
Pour bien comprendre le procédé on peut se pencher sur le terme même « héliogravure » qui renvoie à la lumière, au soleil plus précisément et au creux, au sillon gravé. Le préfixe « hélio- », vient du grec ancien : helios = soleil. Le suffixe « -gravure », est issu de l’allemand : graben = creuser.
On en conclue que c’est la lumière qui creuse la matière, un processus photochimique entre en jeu et grave la plaque métallique.
En France on emploie plutôt le terme héliogravure, cette même technique avec toutes ses déclinaisons sera nommée «photogravure» aux États Unis par exemple. Ainsi le surfixe « photo-» concerne la lumière, contrairement à ce que l’on pense souvent, notre technique ne s’arrête pas à la reproduction d’une photo.

l’intérêt de la photogravure

L’avantage pour un artiste graveur ? Il hésitera sans doute entre être fidèle à l’image ou plutôt jouer pour aboutir à une véritable réinterprétation de l’image initiale.. L’intérêt pour un artiste photographe ? Avoir un très beau tirage sur un papier de gravure, peut-être, ou alors le plaisir de se salir les mains, sans aucun doute. Mais surtout participer activement au rendu final, grâce à l’encrage et au tirage de sa plaque, que l’on peut ainsi personnaliser.

Dominique Martigne 2018 photogravure – plaques réalisées au film Puretch

la photogravure en pratique

Dominique Martigne - travail préparatoire photogravure

Nous allons employer le terme de photo- ou héliogravure, sans distinction. Grâce à la technique d’héliogravure, on peut reproduire un dessin, une gravure ou une photo. Après insolation on obtient une plaque gravée, que l’on encre et on tire, comme une plaque de gravure en aqautinte. Voir notre article sur cette technique.


Mais n’allons pas trop vite ! Voyons d’abord le processus de photogravure à travers toutes ses étapes…

le vocabulaire

  • le contretype – impression sur du rhodoïd de la photo ou l’image dessinée à reproduire, l’image est en positif et doit être tirée à l’endroit1
  • la gélatine – produit photosensible posé sur la plaque ou sur le film polymère
  • plaque polymère – une plaque d’acier couverte de gélatine, prête à l’emploi
  • film DK3 – un film photosensible à laminer (coller) sur une plaque de cuivre – 50 µ
  • film Puretch – un film photosensible très fin à laminer (coller) sur une plaque de cuivre – 25 µ
  • trame aquatinte – une trame très fine imprimée sur un rhodoïd, sans elle pas d’image, sauf si on passe celle-ci en bitmap
  • bitmap – une image en format BMP est transformée en une série de points blancs ou noirs qui forment une trame
  • insoleuse – conçues au départ pour fabriquer des circuits imprimées, les insoleuses dont se servent les artistes sont des machines munies des néons ou LED à rayons ultraviolets (UV-c). Elles sont dotées d’une pompe qui fabrique le sous-vide à la bonne adhérence du contretype à la plaque. Il faut environ.
  • dépouillement – c’est est une des étapes du processus technique – après l’insolation on doit faire partir le produit non insolé, on lave la plaque à l’eau, on peut y rajouter de la soude.

la photogravure – le processus

Pour obtenir une photogravure, nous insolons une plaque photosensible à travers un contretype imprimé ou dessiné. L’insolation se fait , sous vide, à l’aide d’à l’aide d’une insoleuse à rayons ultraviolets (UVC – Les UVC dont la longueur d’onde est de 100 à 280 nm). Les endroits transparents du contretype laissent passer les ultraviolets, la gélatine y durcit, les noirs ne sont pas touchés par les rayons et la gélatine reste molle – elle partira au lavage (dépouillement). La durée d’exposition doit être très précise, elle détermine la bonne fixation de la gélatine. La plupart de temps cette insolation est précédée par une insolation de la trame aquatinte, pour obtenir des gris qui laissent passer une partie des rayons (sauf si l’image est en bitmap ou si on travaille sur les plaques dites “typo”). On obtient une plaque de gravure à encrer et tirer comme telle.

les étapes pour réaliser une photogravure

  1. Choix de l’image : choix d’une photographie ou réalisation d’un dessin préparatoire. Si on part d’une photo, l’image doit être contrastée et retranscrite en teintes de gris et noir.
  2. Obtention d’un film positif : on imprime la photographie choisie sur un rhodoïd // On dessine à l’aide des feutres ou à encre inactinique, sur un rhodoïd également.
  3. Choix et préparation de la plaque (solar plate DK3 ou Puretch). Voir plus bas “quelle technique choisir ?”
  4. Insolation : on choisit la bonne « trame aquatinte », qui donnera un grain d’aquatinte plus ou moins fin aux gris/noirs. La plaque est d’abord insolée avec la trame, ensuite avec le contretype, à l’aide des rayons UV, dans une insoleuse. Une aspiration crée un vide permettant de maintenir le film et la trame plaqués et immobiles sur la plaque. Sans la trame rien ne va, l’effet de «crevé» est parfaitement inintéressant, l’image n’est plus visible.
  5. Le développement : on passe, en frottant doucement avec une éponge, la plaque dans l’eau chaude. La gélatine qui n’a pas durci (aux endroits non insolés, correspondant aux noirs) part dans le bain et met à nu la plaque. La gélatine durcie (et séchée) fait office de vernis.
  6. Les bains : dans le Solar plate le relief est obtenu par simple insolation à travers la trame. le DK3 n’a pas besoin de bain d’acide non plus. Une plaque recouverte de Puretch supporte d’être plongée dans le perchlorure de fer. Les zones noires seront mordues, ainsi que les grises, seules les zones à gélatine durcie (équivalentes au zones couvertes de vernis dans la technique de l’aquatinte) ne seront pas mordues. Dans les deux derniers cas, on encre donc une plaque de cuivre
  7. Le tirage : nous avons entre nos mains une plaque de gravure, on procède au tirage sur une presse taille-douce en encrant cette plaque comme s’il s’agissait d’un cuivre gravé à l’aquatinte. On choisit les couleurs que l’on veut. Si on veut retravailler une plaque on choisit la technique de Puretch, et on la continue par une intervention directe ou pose d’une nouvelle héliogravure. La plaque polymère Solar plate et DK3 sans passage à l’acide, ne se laissent pas retravailler !

quelle technique choisir ?

selon l’effet voulu…

La plaque polymère Solar plate reproduit les tons de gris les plus nuancés. La gamme des tons d’un film photopolymère est plus réduite, en revanche son contraste est excellent.

selon le temps dont on dispose…

Solar plate est une plaque polymère prête à l’emploi, elle est insolée, développée à l’eau, sans passage dans l’acide. Cette technique est plus rapide.
Puretch et DK3 sont des fins films photopolymères, à laminer sur une plaque de cuivre, ce qui suppose des étapes supplémentaires (dégraissage de la plaque et laminage du film). Cette étape demande un certain doigté et beaucoup de rigeur
Deux procédés pour le film : le DK3 est juste insolé seule, le film est «mordu» par la lumière, pas de passage dans l’acide, on encre la plaque recouverte de film bleu plus ou moins texturé. Pour le Puretch – après insolation on pratique le morsure dans l’acide, après nettoyage du film, le cuivre apparait par endroits.

variante : héliogravure au grain :

Procédé : on réalise un film positif en tons continus, à partir d’un négatif. On insole avec la lumière ultraviolette une pellicule de gélatine sensibilisée au bichromate de potassium, couchée sur une plaque de cuivre préalablement grainée (grenée) à l’aide de résine ou de bitume de Judée (le rendu de ce dernier est plus fin). La gélatine traitée par les ultraviolets durcit en proportion de la quantité de lumière reçue, la gélatine non exposée est dissoute lors du lavage.Développée, la plaque laisse apparaître une image en négatif (plus la couche de gélatine est fine, plus le ton sera sombre et inversement). La morsure du cuivre se fait au perchlorure de fer, par bains successifs, à différentes dilutions d’acide.

aux Ateliers Migrateurs nous expérimentons trois techniques de photogravure

..

Plaque polymère

La technique de la plaque polymère.
Nous l’aimons à cause de la facilité d’emploi du matériau. Hormis la préparation des typons, dont le temps dépend de l’image, tout le processus est assez simple, nous obtenons rapidement le résultat escompté. Le bémol ? On ne peut pas vraiment retravailler la plaque en gravure, sauf à la gouge.
note : en creusant le film polymère à la gouge, on a un rendu de linogravure, donc assez éloigné de l’esprit de la photogravure.


Film polymère DK3

Le film DK3.
Une technique intéressante, au rendu plus dynamique, plus contrasté. Le plaisir de travailler sur du cuivre et sur du film qui passe du bleu turquoise au bleu outremer une fois insolé. Une contrainte – sa pose (le laminage à l’eau) prend du temps et demande un minimum de rigueur.


film Puretch, gravure  avec morsure

Le film Puretch. c’est la méthode la plus longue des trois. Le film est plus fin, transparent. Lors de l’insolation les UV passent à travers et au dépouillement on arrive au cuivre. En plus du laminage du film, cette technique comporte une étape supplémentaire : la morsure dans l’acide.


astuce

Avec les films épais comme le DK3, les plaques de cuivre sont réutilisables, en cas d’erreur il est possible de dissoudre le film posé.

un peu d’histoire

La photogravure est née au 19e siècle. En 1824 Nicéphore et Claude Niépce souhaitent reproduire des gravures déjà imprimées (lire l’encadré). Pour ce faire ils utilisent la lumière solaire. Ils tâtonnent un peu, comme il se doit pour tout inventeur et emploient de différentes substances photosensibles, par exemple le bitume de Judée. Le temps de pose est de plusieurs heures, mais les images finissent par apparaître. Néanmoins du fait d’un temps si long, les ombres se déplacent et entraînent du flou. Les deux frères cherchent donc à améliorer le procédé.
La popularité de la photogravure est liée au fait que l’on puisse y reproduire de manière très fidèle aussi bien une photographie qu’un dessin ou une gravure. La technique conquiert très vite l’édition et les journaux où elle remplace la gravure sur bois. On l’utilise jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais, à son tour l’offset s’y substitue.

N. Niépce – Un prisonnier, 1826, héliogravure gravure de Jean-Baptiste de Poilly d’après François Verdier

Le procédé de Niépce : Le tirage d’une gravure originale est verni et rendu translucide, il devient ainsi la matrice permettant la reproduction comme un négatif photo permet des tirages.

On vernit la gravure seulement du côté verso, de manière à la rendre bien transparente. Quand elle est parfaitement sèche, on l’applique du côté recto, sur la planche vernie, à l’aide d’un verre […]

Note sur l’héliographie du 24 novembre 1829, Nicéphore Niépce

(…) Lorsque mon oncle Nicéphore Niépce commença en 1813 les laborieuses recherches qui devaient aboutir à l’invention de la photographie, l’idée qui le préoccupa tout d’abord et dont il poursuivit la réalisation jusqu’au succès, fut de reproduire sur une plaque de métal, pour la transformer ensuite en planche gravée, l’image de la chambre noire.

Abel Niépce de Saint-Victor, Traité de gravure héliographique sur acier et sur verre, Paris, Masson, 1856

Successivement H. Fizeau, A. Niépce de Saint-Victor et Charles Nègre travaillent à améliorer la technique. Dans les années 1840, Fox-Talbot puis Klic, mettent au point une technique qui permet de transférer une image photographique sur une plaque de cuivre pour la graver telle une aquatinte et l’imprimer en taille-douce. Abel Niépce de Saint-Victor, en remplaçant le bitume par la technique « au collodion », raccourcit le temps de pose de plusieurs heures à une douzaine de minutes, parfois une heure ou deux, suivant le type de négatif. Abel dépose son brevet en 1856. 

Des améliorations sont apportées au fur et à mesure surtout en ce qui concerne la rapidité d’exécution et la précision du rendu.
Ainsi, à partir des années 1870 l’héliogravure remplace la gravure sur bois partout dans l’édition.
Les photographies peuvent désormais être imprimées, c’est une vraie révolution.

la photogravure plait aux photographes

oups, nous sommes désolés, ce paragraphe est en cours de rédaction…

quelques artistes travaillant la photogravure

Man Ray
Kiki Smith
Kiki Smith au musée cantonal des beaux arts
Emma Nishimura
Robert Mapplethorpe
Viviane Michel
Dominique Martigne
Daniela Roman

Emma Nishimoura – installation an Archive of Rememory photogravure «furoshiki»-An Archive of Rememory

Pour les curieux – quelques liens vers …

Les ateliers qui pratiquent la photogravure et l’héliogravure

Atelier Heliopse, dans le Sud
quelques images, quelques explications techniques

Helio’g (atelier Fanny Boucher)
Troteclaser.com – à propos de la trame …
Labo estampe, atelier de gravure et de photogravure, Bayonne
Capefearpress

forums, tutoriels

forum aquatinte

Héliogravures Atelier Heliopse
Puretch Photopolymer for Photo Etching & PCB Demo #1
et d’autres tutos du site CAPFEARPRESS

100 idées d’artiste sur Printerest et ailleurs…

Musées

Domaine de Kerguéhennec – Pierre Tal Coat, estampes
Centre de la gravure la Louvière, Belgique

  1. bla bla oups ! l’article en cours de rédaction ↩︎
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